Möglichkeit

vélocipédiste se déplaçant au gré du vent et des vibrations. Affectionne celui ou celle qui est loquace avec une tête sur les épaules.
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  • Sur les berges de la cohérence, la métaphore spatiale aurait-elle été mise au ban ? Le cas du pont, de la porte et de la fenêtre.

    Wochen zwei.

    Ce qui est prégnant au regard quand on arrive dans la ville de Lyon, c’est le nombre de ponts. Il doit y en avoir près d’une trentaine.

    Le Jacques Cartier, Champlain, Pierre-Laporte et le Brooklyn Bridge étaient connu depuis un bon moment. Celui de la confédération m’est toujours inconnu. L’année passée j’ai fait la connaissance du Ponte Vecchio, du Rialto, du Gard, de celui de l’Europe - au dessus du Rhin - et du Neckarbrücke.

    Le pont relie deux espaces, deux rives. À la fois l’incarnation d’une frontière, il permet de mettre en relation deux termes, deux opposés. Un peu comme une opération/symbole mathématique (+, -, x, =) permet de définir une liaison entre deux termes. 2X2=4.

    Le pont est aussi une représentation de l’amour. Là où les amoureux s’embrassent, car il symbolise leur union. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les couples vont accrocher des cadenas d’amour et jeter la clé : pour matérialiser leur amour en le verrouillant ad vitam aeternam.

    Le pont fait aussi écho au champ de la traduction. Construire des “ponts de compréhension” entre les cultures, entre les langues, pour qu’elles se comprennent mutuellement est le rôle du traducteur. On pourrait aussi concevoir que la position du traducteur entre les langues est analogue à celle du pont entre les rives. Le traducteur occupe ainsi une “tierce position” entre la langue du sujet à traduire (source) et la langue dans laquelle doit être traduit le sujet (cible). Dans le même sens, le pont est ce troisième espace entre les rives, un space interstitiel, où ce qui était séparé est alors relié.

    L’intuition que le pont symbolise beaucoup d’aspects de la réalité est aussi prégrant que le nombre de pont peut l’être pour l’oeil à Lyon. Même Pierre-Jean-Jacques reconnaît les vertus heuristiques de la métaphore du pont. Le pont est relation. Et les relations font parti intégrante notre passé, de notre présent et de notre futur. Il y a un pont/des ponts entre toi et moi qu’on pourrait caractériser de mille et une manières - une structure d’une grande complexité. Et le pont entre aujourd’hui et demain ne nous laisserait le temps que d’en fixer les assises. Et déjà je ne sais trop comment gérer ma consommation de la métaphore. La modération à bien meilleur goût disent-ils.  Mais elle me soûle et j’apprécie.

    Certes, on connaît la nature spatiale du pont de par sa matérialité. Il peut également être de nature temporelle. Me laisser une note sur le comptoir pour acheter une peinte de lait le lendemain est un “pont temporel”, un support de la mémoire entre un passé et un présent.  Dans quel contexte l’écriture institue-t-elle un pont entre un passé, un présent et un futur ? L’historien et le peintre ne sont-ils pas des architectes  de “ponts temporels” entre un espace temps passé et un espace temps présent ? L’un ne fige-t-il pas une brèche de l’histoire dans un récit et l’autre une perception de la réalité dans un tableau, lesquels font office de synthèse entre un jadis et un présent, tout comme le pont fait la synthèse de deux rives ?

    Métaphoriquement, le pont dessiné par le peintre n’est pas que temporel, il est de nature esthétique et encore, il faudrait y revenir. À tout de moins, le pont est synthèse - point de raccordement - entre la perception subjective de la réalité du peintre et la réalité dite objective. Tout comme ce texte est métaphoriquement un pont entre la compréhension que j’ai actuellement de la métaphore spatiale (dont celle du pont) et de celle qui peut potentiellement -dans un espace temporel ultérieur- être fait de cette dite métaphore.

    La relation entre deux termes (et naturellement la métaphore du pont) est ainsi sujet à se dégrader avec le temps et en fonction de l’espace. Pas besoin d’avoir vécu une relation à distance pour saisir ceci. Et pas besoin d’avoir atteint une quelconque forme de sagesse pour comprendre que la relation entre deux termes (moi et ma connaissance de l’histoire du Québec) à radicalement changer avec le temps (entre le secondaire 1 et 3) et en fonction de l’espace (me rendant en Vendée et me faisant dire que nombreux québécois viennent de là). 

    L’intuition est là que la métaphore spatiale, dont celle du pont, est d’une grande richesse. Georg Simmel (1858-1918), un auteur Berlinois que j’ai rencontré par contingence, avait discuté de cette métaphore spatiale dans ses écrits. Ce dernier, à l’origine de la pensée sociologique, a malheureusement été laissé à la marge à cause du caractère peu orthodoxe de ses objets de recherche. Plutôt que de s’intéresser aux individus ou à la collectivité, objets classiques en sociologie, cet auteur s’intéressait à la “quantité infinie de formes relationnelles et d’actions réciproques humaines plus petites, [celles] qui produisent la société telle que nous la connaissons”. Ce philosophe-sociologue s’est ainsi attardé à de méticuleuses observations d’objets que certain diront sans pertinence comme la figure de l’étranger, le médium de l’argent, la coquetterie ou la métaphore spatial.

    Les intellectuels, artistes et militants ont depuis belle lurette conquis les plus lointains horizons à la recherche d’inspiration ou de rencontre pouvant boulverser leur vision du monde. Certains d’entre-eux fesaient des récits de voyages et leurs pérégrinations influencaient naturellement leurs objets de réflexion et dynamisaient réciproquement la quête du graal qui était le leur. Jack Kerouac n’aurait jamais imaginé de tels récits sans l’aventure et le voyage. Il en va de même pour Jules Vernes, Charles Darwin et cie. On m’a d’ailleurs suggéré Nicolas Bouvier dans cette même lignée.

    Simmel a visité à quelques reprises la splendide ville de Venise, où on dénombre entre 400 et 500 ponts. Ces voyages auront sans doute un effet significatif sur la réflexion qu’il a développé sur les ponts. Je vais vous partager quelques extraits de ce texte que j’ai été pêcher à la bibliothèque de Lyon-2, une université publique en décrépitude. Cet essai s’intitule Brücke und Tür (Pont et porte) qui se retrouve dans le recueil La tragédie de la culture.

    Tout au long de son court essai, Simmel joue avec la métaphore du pont (qui relie) et de la porte (qui sépare). D’emblée, Simmel décline la métaphore du pont sous plusieurs aspects :

    “Dans un sens immédiat aussi bien que symbolique, et corporel aussi bien que spirituel, nous sommes à chaque instant ceux qui séparent le relié ou qui relient le séparé”.

    Simmel présente ce qu’il croit que nous faisons constamment. Il pose cette question qui guide sa réflexion : “Est-ce l’état de liaison ou l’état de scission qui est ressenti comme naturellement donné ?”

    Cette question se pose concrètement dans toute forme relationnelle : est-ce qu’il y a a priori une liaison ou une scission entre moi et l’altérité, l’étranger ? Est-ce que dans la relation que j’entretiens avec mes enfants il y a par nature un lien qui doit être perpétuer ou au contraire c’est la scission qui est le donné naturel de ma relation ? Plus simplement, y a-t-il dès notre entrée en relation un pont qui nous relie ou s’est plutôt l’absence de pont qui définit la situation?

    En posant brièvement la question, on se rend compte que la scission est souvent ce qui est naturellement donné et qu’il faut pour se faire à chaque fois « relier le séparer ».

    Dans cette veine de métaphore spatiale, Simmel ajoute l’idée de la porte qui « sépare ». Si vous n’aimer pas les claquements de porte, c’est sans doute à cause du bruit et peut-être parce que symboliquement, l’acte de fermer une porte actualise les frontières de l’espace.

    « Tandis que, dans la corrélation entre division et réunion, le pont met l’accent sur le second terme et surmonte l’écartement de ses aplombs en même temps qu’il le rend perceptible et mesurable, la porte, elle, illustre de façon plus nette à quel point séparation et raccordement ne sont que les deux aspects du même acte. »

    Comme le pont, la symbolique de la porte est tangible dans cet essai de Simmel. En fermant la porte,

    « un morceau d’espace se trouvait ainsi relié à soi et scindé de tout le reste du monde. La porte, en créant si l’on veut une jointure entre l’espace de l’homme et tout ce qui est en dehors de lui, abolit la séparation entre l’intérieur et l’extérieur. Comme justement elle peut aussi s’ouvrir, sa fermature donne le sentiment d’une clôture bien plus forte, face à toute cet espace au-delà, que ne le peut la simple paroi inarticulée. »

    Simmel poursuit en précisant qu’en traversant le pont, il n’y a pas d’incidence formelle qu’on le traverse d’un sens ou d’un autre. Alors que pour ce qui est de la porte, le fait d’entrer ou de sortir est porteur d’un sens, de laisser une porte ouverte ou de la fermer.

    « Là-dessus repose le sens plus riche et plus vivant de la porte, comparé au pont, sens qui se révèle aussitôt par ce fait qu’il est indifférent de franchir un pont dans une direction ou dans l’autre, alors que la porte indique au contraire une totale différence d’intention selon qu’on entre ou qu’on sort. En quoi elle s’écarte aussi complètement du sens de la fenêtre, bien que celle-ci, à titre de liaison entre l’espace intérieur et le monde extérieur, s’apparente à la porte.

    Le sentiment téléologique, lorsqu’il sagit de la fenêtre, va presque uniquement de l’intérieur vers l’extérieur : elle sert à voir dehors, et non dedans. »

    L’idée du « sens unique » de la fenêtre ne m’était pas conscient. La maison comprise comme environnement fermé – un intérieur - est doté de fenêtre pour voir le monde extérieur. Dans cette même lignée, j’ajouterai : la maison et ses murs-écrans plutot que ses fenêtres (cf. Fahrenheit 451 de Ray Bradbury).

    Peut-être que ses métaphores spatiales sont à vingt mille lieues du domaine de la pertinence pour vous. Le pont, la porte et la fenêtre structurent néanmoins notre environnement quotidien. On ne peut ignorer que dans notre rapport à l’espace, ces formes régissent une part non négligeable de notre vie, de la réalité qui est nôtre. Alors pourquoi ne pas faire preuve d’un minimum d’imagination – de penser par nous-même – et de voir comment ses formes peuvent nous être utile pour saisir notre rapport à l’altérité, à l’étranger, à autrui. Ces formes peuvent-elle également nous informer sur d’autres rapports que nous sommes susceptibles d’entretenir? Avec le virtuel par exemple?

    Ces formes sont des médiums, des médiations, entre nous – sujet – et la réalité – objet. Comme ce blogue est un médium entre vous et moi. Un pont qui s’institut entre l’un et l’autre. Une fenêtre à travers laquelle vous pouvez voir de votre extérieur ce qui se passe en mon intérieur.

    Est-ce inutile de nous le rappeler? Les fenêtres sont partout autour de nous. De mon cellulaire, ma tablette, en passant par mon portable et ma géante télévision. Comme Simmel nous l’indique simplement, ce qui peut même paraître d’une déconcertante banalité, « la fenêtre sert à voir dehors, et non dedans ». Le danger est peut-être que le mouvement de la vie ne se fasse que vers l’extérieur. Et qu’il n’y ait pu de regard vers l’intérieur, qu’il n’y ait plus de retour réflexif, de va-et-vient entre l’extérieur et l’intérieur de soi.

    Et encore, garder cette vigilance face à nous même devant les innombrables fenêtres devant lesquelles nous sommes est le défi de notre génération et je dirais encore plus particulièrement pour ceux qui ont mis les pieds dans le marécage technologique. T’imagines les habitudes que nous avons (déjà) prises avec la technologie? À quel point notre spontanéité est canalisée des clics gauches et le qwerty ? Notre rapport au monde trop souvent dimensionné en 1024 x 768 ?

     

    Un arménien, réfugié politique en France et qui s’exprime en français impécable depuis seulement 2001, me racontait l’analogie qu’il y a entre Facebook et le mirroir. N’a-t-il pas raison? La fenêtre – window – qui est censé être un médium pour voir le monde extérieur, ne devient-elle pas un espace intérieur où l’ego, le nombril, n’est devenu que l’objet de contemplation? De grâce, rares sont ceux qui tombent dans ce piège. Après tout ce n’est qu’une plaie de notre temps parmi tant d’autres.

    L’utilisation du médium, de la fenêtre qu’est la technologie/internet, peut selon l’usage être émancipateur ou aliénant. Bref, il faut souligner, comme Simmel le fait avec le porte, « à quel point séparation et raccordement ne sont que les deux aspects du même acte ». Dit clairement, il faut constamment se rappeler « à quel point l’émancipation et l’aliénation ne sont que les deux aspects du même acte ». Le travail peut être à la fois émancipateur et aliénant. D’où l’intérêt de faire ce qui fait sens pour nous. Il faut en convenir, faire usage des métaphore peut être relativement claire parfois. D’où le titre : sur les berges de la cohérence. 

    Une fois le propos énoncé, il peut mieux se clarifier. Le sens et la compréhension adviennent chez l’auteur et le lecteur à un rythme particulier, au fur et à mesure qu’une relation s’instaure entre l’un.e, le texte et l’autre.

    L’extérieur/l’intérieur. Alter/Ego. Le pont, la fenêtre et la porte. La médiation entre l’un et l’autre. Le mouvement, le va-et-vient entre deux termes. La frontière entre les deux. Le rapport au temps et à l’espace. La relation.

    La métaphore est une fenêtre d’opportunité pour tisser des ponts de compréhension entre un terme et un autre. Encore faut-il intentionnellement saisir cette opportunité. Par exemple, je pourrais me demander : les gonds de ma porte sont-ils rouillés, me permettent-ils de m’ouvrir et de me fermer à l’extériorité ? Que puis-je faire sincèrement pour les lubrifier? Ai-je le temps de m’y appliquer ou suis-je noyé dans l’instantanéité ?

    • il y a 2 jours
  • Miroir d’un espace-temps, d’un couché du soleil près de la Saône et d’une rencontre fortuite.

    • il y a 1 semaine
  • Möglichkeit au singulier. Möglichkeiten au pluriel. es ist egal

    woche Ein.

     

    Faire ou ne pas faire un blog. That is the question, that is the dilemma. Est-ce que je désir vraiment m’engager dans une telle démarche, en plus des autres qu’il va de soi qu’on mène en parallèle. Il y a de ces projets qu’on se dit, si je le commence, je m’engage concrètement dans un processus qu’il faudrait que je mène à terme. Mais je n’ai pas suffisamment d’assurance pour me confier à moi-même que je m’affranchierai d’un tel exercice. Après tout, c’est une relation que je décide de tisser et il n’en reviendra qu’à moi de la maintenir ou de la cesser. Nous vous prions d’agréer, cher.e.s lecteur.e.s, ce mea culpa fait avant même qu’interruption ou rupture de la médiation cybernétique soit fait. N’aller donc pas prendre cela personnel si je cesse de jouer au (ra)conteur. Peut-être que la folie aura triompher sur ma raison, si ce n’est pas déjà fait, peut-être vais-je être découpé et envoyé en pièces séparées au siège du parti conservateur ou simplement que le sujet qui se prend pour objet du discours voudra investiguer d’autres objets ou réalités.

     

    Par où commencer pour raconter les trépidantes périgrinations que sont les miennes pour espèrer garder l’intérêt du lecteur encore quelques phrases. Car c’est bien dans ceci que je m’engage en rédigant de manière ponctuel des billets. Garder l’attention de l’auditoire en produisant un hype, un spetacle des moindres faits et gestes du quotidien. C’est dire que vous pourriez en faire autant. De construire la narration de votre réalité qui soit la plus excitante et virvoltante que vous vouliez. Inventer le discours qu’on fait sur sa réalité, c’est inventer sa réalité. C’est ce qu’on appel la performativité. En d’autres mots, dire c’est faire.

     

    Que de bon quelqu’un sur une route pourrait bien vous raconter ?

     

    Le moment à l’aéroport où je me suis rappelé que tout moment pouvait être le dernier, en me disant sincèrement que l’avion pourrait s’écraser. Mais à rouler sur les départementales et les nationales, on se rend compte assez aisément que le danger est beaucoup plus concret lorsqu’une voiture passe à côté de soi à 60 km/h que lorsqu’on est dans les aires à 500 km/h. De toutes manières, on apprend rien à personne en disant que la vie est risquée, peu importe quelles soit les conditions.

     

    Le lendemain où j’ai réussie à me rendre à la gare de Paris-Bercy à 2 minutes avant le départ du train vers Dijon. La discussion avec ce français égocentré qui s’opposait à l’homoparentalité et qui n’a cessé de mettre son opinion de l’avant et n’a cessé de couper la parole à Luna, qui mâchait des feuilles de menthes, ou au jeune homme musclé au teint balsané qui venait de la martinique. On a essayé de lui faire prendre conscience qu’il ne partageait pas le micro, mais c’était vain. Il est sans doute difficile de faire prendre conscience à un moins jeune qu’il a un pli de caractère récurrent et qu’il pourrait aisement le corriger. Mais bon, je reste tout de même convaincu qu’il faut garder cet esprit pédagogique avec les jeunes et les moins jeunes. D’entrée de jeu, dès ma première journée en France, cet homme confirmait un stéréotype des français, ils parlent beaucoup. Mais ce serait vulgaire et caricatural de dire que tout les français sont comme ceci. Ou que tous les Mohammed sont des terroristes. D’ailleurs, de suite après que j’ai confié une anecdote à mes comparses du moment, Luna sortie sa lecture du moment qui était L’Islam pour les nuls. Bouquin qui distingue les arabes, la religion musulmane et l’Islam. Disons que c’était une drôle de coïncidence avec l’anecdote racontée.

     

    Arrivé à Dijon, il allait de soit que je devais manger un met moutardeux, peu importe lequel. Je me arrêté sur le choix le plus simple : le classique Shish keba. Ce fameux met turc, maintenant international. Moutarde forte et sauce algérienne. Ce fut mon premier repas et mourtardeux et viandeux de la journée. Il m’a permis de me rendre jusqu’à Saint-Aubin, dans le jura français. C’était ma rencontre avec la région de la Bourgone et avec la Saône que j’ai traversé à la hauteur de Saint-Jean-de-Losne. Ville qui m’a charmé à la fin d’une première journée dont l’horaire était naturellement décalée. Je me suis arrêté à la demeurre de chez Anne et Denis. Ils n’y étaient pas mais leur jardin était aussi accueillant que j’ai cru qu’ils pouvaient l’être. Une ancienne garre, la gare de Saint-Aubin, était leur habitation. Ce doit être spécial de vivre dans un lieu comme tel où des milliers de gens ont fréquenté cette batisse pendant je ne sais trop combien de temps et qu’ils n’étaient que de passage. En plus d’avoir une voie ferrée entre chez soi et son cabanon. Je crois que je me construirais une drainsine à bras comme dans Lucky luck pour me rendre chez le voisin. Mais pour le moment, mon moyen de transport ressemble plutôt à une draisienne et on a cette chance de pouvoir sortir des voies ferrées avec une telle machine.

     

    Après avoir ingurgité deux chocolatine, j’ai emprunté la D13 qui m’a menée sinueusement vers le sud. Me suis arrêté à Louhans où un vendeur de coupes légumes - style t’en achète deux et tu obtiens un coupe triangle et octogonale en bonus - semblait avoir beaucoup trop de légumes découpés à son kiosque. C’était la fin du marché et je me suis dit que lui poser une question sur mon itinéraire pouvait être plus stratégique que de l’interpeller d’emblée sur ce qui adviendrait des légumes découpés qui semblaient aussi apétissants pour moi qu’inutiles pour le vendeur en question. J’ai rempli un sac de ces retails de légumes pour les manger petit a petit en cheminant. Il ne manquait plus que de l’huile d’olive et du vinaigre balsamique.


    J’ai fini par arrêter ce cyclodélire à quelques kilomètres de Trévoux, charmante ville juchée sur la Côtière, région naturelle qui commence d’ailleurs près de la Croix-Rousse, une colline et un quartier sur lequel j’aurais l’occasion de revenir. L’utilisation du terme délire n’est d’ailleurs pas trop forte pour décrire l’extase dans lequel le vélocipédiste peut se sentir lorsque sa faim et son envi pour l’ailleurs le propulse. Croyez moi, une fois parti, Il est aussi difficile d’arrêter les circonvolutions cérébrales que cyclables.

     

    Mardi passé est la journée à laquelle je suis arrivé à Lyon. Quelques peu avant midi, je longeais la rive ouest de la Saône, une rivière qui se jete dans le Rhône (l’un des 5 plus gros fleuves en France avec la Loire, le Rhin, la Seine, la Garonne), pour me diriger vers Villeurbanne. Cette commune à la frontière Est de Lyon où j’ai eu pendant plusieurs jours la chance d’avoir un pied à terre. Et encore.

     

    Première chose que j’ai fait dans cette banlieue : vérifier l’endroit où se déroulait l’université populaire - l’une de mes principales quêtes dans le ville de Lyon - soit à l’intérieur du Théatre national populaire tout juste devant la mairie de cette commune. Je me suis ensuite dirigé près de la rue du 8 mai 1945 - date à laquelle les Alliés sortent victorieux de la bataille contre les Nazie - où se situe un modeste appartement qui deviendra un véritable bercail. C’est sans doute les êtres qui y habitent - Maylis, Roman et Coline - et qui ont été de passage - Alice - qui me font nommer ce lieu ainsi. J’avais repéré l’appartement et pour patienter l’arrivé de mes hôtes, j’ai été à la quête d’une boulangerie pour trouver (encore une fois) des chocolatines.

     

    Une petite boulangerie à quelques kilomètres au Sud de la rue du 8 mai 1945 a fait mon bonheur. Ai également discuté un peu avec le commis le temps qu’il me dise qu’il fesait de grosses journées : les chiffres complets de 7h à 21h, soit un beau 14 heures non-stop de travail. Et me suis demandé pour moi-même : mais où trouve-t-il son temps pour décrocher ou plus essentiellement pour se réaliser et à être créatif ? Se réalise-t-il pleinement à vendre des baguettes et des pâtisseries ? peut-être en partie avec les contacts qu’il peut avoir, de rencontrer un québécois qui le questionne sur ses conditions de travail par exemple. Mais j’en doute fortement. En sortant, me suis dit que peut-être qu’il perdait sa vie à la gagner… À moins bien sûr qu’il trouve vraiment un sens à cela. Si au moins il pouvait moins travailler ce jeune..

     

    Toujours en lien avec ces journées de travail de 14 heures du jeune commis à la boulangerie, la ville de Lyon est fortement réputée pour les révoltes ouvrières qui ont eu lieu au début du 19ième siècle. Ces révoltes ont été provoqué par une nouvelle catégorie d’ouvrier qu’on nommes les Canuts, des ouvriers tisserands de la soie qui travail sur de gigantesques métiers à tisser. Dès la moitié du 19ième, ce sont environ 80 000 chefs d’atelier et 40 000 compagnons qui travaillent dans l’industrie de la soie à Lyon. Pour schématiser à grand trait, l’une des causes de leur.s révolte.s porte sur les mauvaises conditions de travail, dont par exemple le fait de travailler des quarts de 18 heures. Les grands penseurs des mouvements sociaux, tels Marx, Proudhon, Fourrier, ont également scrutés minutieusement les révoltes de ces ouvriers pour expliquer et comprendre les logiques collectives de résistance et les conditions de travail de ces ouvriers. J’en discuterai inévitablement dans un prochain billet pour vous donner une idée plus claire de la place de ces ouvriers dans l’histoire de Lyon et plus particulièrement dans le quartier Croix-Rousse.

     

    D’autres part, le sujet évoqué par Philippe Corcuff à l’université populaire le soir même de la rencontre du commis-boulanger qui travaillait 14 heures par jour portait justement sur le thème du travail. J’essayerais de croiser une réflexion sur les canuts et les idées mises de l’avant lors de la première séance de trois à l’université populaire. Ce sera peut-être aussi un moment pour présenter ce qu’est cette forme d’éducation populaire, sa pertinence et les lieux - beaucoup plus près de vous que vous ne le croyiez - dans lesquelles elle se pratique.

    Il y a d’autres idées qui seront présentées dans les prochains billets, par exemple sur les ponts qui sont très nombreux ici et sur le délirant projet d’un maire qui s’est lancé dans la construction d’un stade dit le Stade des lumières- le OL Land - de 450 millions (peut-être que ça vous fait penser à un personnage qu’on a souvent comparé à Napoléon, à des pelles bleues ou à vos taxes municipales).

     

    Disons que mon jet est sans doute incomplet. Peut-être avez vous pu vous nourrir un tant soit peu du contenu et pas nécessairement de la forme. Je m’en tiendrais à cela pour cette semaine. Mes colocataires du moments sont en début de partiel : ce que les français nomment leurs examens, pas les dentiers. Et que pour faire passer leur angoisse circonstancielle, ils aiment bien aller s’exciter à vélo par-ci par là. Alors je les accomagne malgré leur témérité. Leur souaf d’adrénaline les pousse plus souvent qu’autrement à fermer les yeux aux signalisations routières. Je ne leur ai pas encore confié mais leur conduite rebelle est d’une contagion rare, pire que la coqueluche.   

    Alors je boucle ceci ici, car on ira pédaler tôt demain matin. N’hésitez pas à partager vos anecdotes les plus simples - ce sont souvent les meilleurs - votre narration du moment ou n’importe food for tought qui est comestible et qui a une relative convenance.


    Sog.

    • il y a 1 semaine
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